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5 mars 2007 1 05 /03 /mars /2007 00:00

par Patrick Lamarque

On le répète désormais à satiété1, la confiance fait sa crise. La campagne présidentielle tout entière tourne autour de cette question lancinante et, dans la meilleure des hypothèses, son résultat pourrait aboutir à un nouvel âge de la relation de confiance - comment faire autrement et refuser l’espoir ?


En septembre dernier, Pierre Rosanvallon consacrait à ce thème un ouvrage lumineux 2 pour montrer qu’il ne faut pas lire ce mouvement comme un retrait incivique mais, au contraire, comme une forme d’implication dans les problématiques politiques à travers ce qu’il nomme la "contre-démocratie". Celle-ci est à la fois chose ancienne dans sa version de contre-pouvoir, et une nouveauté manifestant la capacité de s’opposer à des dispositifs critiqués. Dans cette acception, elle contribue au déroulement continu du débat démocratique au lieu de le faire de loin en loin, dans le secret de l’isoloir.

Reste qu’aujourd’hui les responsables de toute nature s’interrogent. Dans le champ politique, ils mesurent bien les difficultés du système représentatif, puisque depuis 1981 chaque élection fournit aux Français l’occasion de sortir les sortants, pour reprendre le slogan poujadiste de 1956. Parallèlement, dans l’univers de l’entreprise, c’est le modèle hiérarchique-autoritaire qui ne passe plus. Et l’ensemble des conseils de tout poil de faire assaut d’imagination pour, de stratégie des valeurs en démarche qualité et de chartes éthiques en "corporate management"… n’aboutir à rien de convaincant.

 
Dans l'Etat comme dans
 l'entreprise, il faut agir

 


Oui, ces premières années du XXIème siècle nous confrontent à l’échec de nos modèles de décision. D’où ces interrogations jusque sur la valeur du travail et l’intérêt du temps qui lui est compté. Pourtant il faut agir. Dans l’État comme dans l’entreprise. Mais, l’acte d’agir est lui-même devenu plus complexe.


L’agir lirico-projectif des avant-gardes ne convainc plus, comme en témoignent les sondages piteux de ses représentants. Quant à l’agir pratico-réaliste des notables de terrain, il ne rassure plus personne. Si votre emploi se trouve menacé de délocalisation, votre jardin d’OGM portées par les vents et votre santé à la merci des inventions de quelques docteurs Mabuse, il y a peu de chance que la politique de l’ici et maintenant apaise vos angoisses. Alors, comment sortir de cette tenaille ?

 

 

 


Les principaux candidats
3 à l’élection présidentielle tentent d’y apporter leur solution personnelle. Nicolas Sarkozy, avec son langage fort et son franc-parler, s’évertue à renouveler le pacte passé avec les tenants de l’agir concret. François Bayrou aimerait bien que tout le monde s’embrasse pour que l’on puisse poursuivre, pendant ce temps, dans l’agir traditionnel. Ségolène Royal, elle, voudrait apaiser et rassurer l’opinion, en fédérant ses expressions. Chacun recherche le "comment", mais aucun ne propose un pourquoi, autour d’un réel contrat qui renvoie à l’agir complexe et à sa dimension stratégique. C’est-à-dire à la nécessaire simultanéité d’un cap fermement tracé, malgré un environnement chahuté, et des ajustements acceptés quoique difficiles, parce qu’ils auront été largement justifiés et accompagnés.


Une chose est certaine :
 nous aurons un pape


L’art de conquérir la confiance réside dans ce questionnement d’inspiration toute militaire. Où sont tracées les lignes de front ? Quel est notre but ? Qui sont nos alliés et nos ennemis ? Quelles sont nos marges d’incertitudes, nos retraites possibles ? Et notre sanctuaire, ce à quoi nous ne renoncerons jamais ?

 

 

On peut s’interroger sur le fait de savoir qui va gagner la légitimité de nous conduire sur cet océan tourmenté. Avec un peu de patience, nous finirons par le connaître puisqu’une chose est certaine : nous aurons un pape. Mais, saura-t-il cimenter ce lien, à la suite duquel on peut espérer que d’autres confiances se reconstitueront : confiance dans les dirigeants, dans les élites, dans notre devenir commun, dans celui du monde et, pour finir, dans le nôtre propre ? Nous bénéficierons peut-être d’un état de grâce, mais il faudra attendre quelques mois de plus pour savoir si un retour plus durable de la confiance se confirme.

 

 

En tout cas, nous le sentons bien, en virant de siècle nous avons perdu le cap. Il est donc grand temps d’entrer dans la ligne droite qui nous réconciliera avec nous-mêmes.

________________________

[1]  Je l’ai moi-même évoqué dès 1993, in Communication et Management, automne-hiver 1993-1994, N° 9-10-11, p. 20.

[2] Pierre Rosanvallon, La contre-démocratie. La politique à l’âge de la défiance, Le Seuil, coll. Les livres du nouveau monde, 2006.

[3] Concernant Le Pen, je ne parviens pas à imaginer que le pays lui offre l’occasion de passer à l’action !

 

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Published by blog-territorial - dans Tribune
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commentaires

Patrick Lamarque 11/03/2007 16:52

=) Si je ne m'abuse, la ligne droite n'est ni à droite, ni a gauche. Pas au centre non plus! Simplement, elle vise le point de fuite (pas d'interprétation abusive là non plus, sinon nous n'en finirons pas!) et elle pfermet de dessiner la perspective.

C'est vrai que ce fut une grande découverte de la Renaissance, que celle de la perspective. Elle marque le premier pas de l'émancipation de l'individu dans la société.

Quant à la politique réinventée, je ne suis pas candidat à la Présidentielle mais je peux ne pas me défiler... dans un prochain papier.

En tout cas, merci à tous pour vos réactions. Car l'essentiel est bien de se bouger les méninges.

blog-territorial 11/03/2007 20:19

Excellente idée, ce prochain article sur la réinvention du politique !

Matthieu 10/03/2007 15:45

En voilà un de beau message subliminal peut-être involontaire: "En tout cas, nous le sentons bien, en virant de siècle nous avons perdu le cap. Il est donc grand temps d’entrer dans la ligne droite qui nous réconciliera avec nous-mêmes."
Ceci étant, la réponse à la question de confiance que Patrick se pose semble pour lui dans la réinvention du politique sur deux points: 1/ retrouver des propositions correspondant à un but commun, comme un projet de société, 2/ réinventer des modes de gouvernance en choisissant un modèle de décision.
Ai-je bien saisi? Patrick pourrait-il nous en dire un peu plus sur ses idées pour réinventer le politique?

blog-territorial 10/03/2007 22:22

A mon sens, le message était plus sublime que subliminal ;)Pour le reste, je laisserai Patrick répondre à la question... FranckPS : "Je me suis toujours demandé si les gauchers passaient l'arme à droite" (Alphone Allais)

S Royant-Parola 07/03/2007 22:19

Dérision, provocation, pub, pour titiller sur l'idée que décidemment dans cette campagne tout s'achète, et que chacun vend son produit, son image. Je n'ai jamais autant ressenti que cette fois ci une caricature d'élection. La question de fond que je me pose est de savoir si c'est à cause de la "qualité" des candidats ou de la "qualité" de nos médias qui mettent en avant dans cette campagne tous les travers people sans lancer des débats de fonds. Le problème, c'est que lorsqu'il y a communication, pour que la sauce prenne, il faut que les gens en face soit en attente de tels messages. Et je me dis qu'on est bien malade.

blog-territorial 08/03/2007 01:40

Certainement un peu de tout ça, oui... et les médias ont, comme les autres, leur part de responsabilité dans ce désenchantement général ! Au fait, pourquoi ne pas engager une vraie réflexion sur le rôle du politique et les moyens d'agir ici même ? Par ceux "d'en bas" ?

S Royant-Parola 06/03/2007 23:20

Qu'un candidat soit élu, ça c'est sur... Qu'est ce qu'il fera et surtout est-ce qu'il sera capable de nous mobiliser, ou est-ce que "nous" serons capable de nous mobilier, that is the question... Que chaque candidature suscite des doutes, ma foi, celà semble normal. Mais j'ai le sentiment que nous votons sans conviction pour un candidat. Or à force de voter pour quelqu'un que nous n'aurons pas vraiment choisi, nous risquons fort de nous retrouver dans une France que nous n'aurons pas vraiment souhaité.

blog-territorial 07/03/2007 15:02

Ce sentiment de devoir "voter sans conviction" semble partagé par une large majorité de Français... et d'élus locaux !L'info du jour, c'est certainement cette décision du maire (divers droite) de Noran-La-Poterie (Calvados) qui a mis aux enchères sa signature pour les Présidentielles ! Un acte symbolique assez représentatif du désenchantement général, qu'en pensez-vous ?

Patrick Lamarque 06/03/2007 21:00

Si je puis me permettre d'ajouter un commentaire sur les commentaires des mes commentaires... je trouve que vous vous intéressez beaucoup à l'élection, c'est-à-dire au spectacle politique et insuffisamment (du moins à mon sens) à l'après (qui est l'objet de mes interrogations). C'est-à-dire aux moyens d'agir, au comment agir et, par-delà, à ce qu'est aujourd'hui le politique.

Je ne l'ai pas cité dans mon papier, mais je crois que Jacques Rancière se tient tout près d'une vérité très contemporaine quand il analyse le politique comme un "partage du sensible" (voir son excellent et très lisible ouvrage aux éditions La Fabrique).

Cela signifie au fond qu'il faut aujourd'hui plutôt réinventer la politique que la réenchanter.

blog-territorial 07/03/2007 14:51

Tout à fait d'accord sur le fond mais qui a été le premier à donner des noms ? :)Aux lecteurs qui ne connaitraient pas (encore) Jacques Rancière :Professeur émérite au département de philosophie de l’Université de Paris VIII, Jacques Rancière a animé la revue Les Révoltes logiques de 1975 à 1985. Il a publié notamment La Nuit des prolétaires (Fayard, 1981), Le Philosophe et ses pauvres (Fayard, 1983) ; La Mésentente. Politique et philosophie (Galilée, 1995), Aux bords du politique (La Fabrique, 1998), Le Partage du sensible. Esthétique et politique (La Fabrique, 2000), La Fable cinématographique (Seuil, 2001), Malaise dans l’esthétique (Galilée, 2004), La Haine de la démocratie (La Fabrique, 2005).Au sujet de son dernier ouvrage, lire aussi cette excellente interview

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